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L’ordre du jour

Exceptionnellement, le prix Goncourt 2017 n’a pas été attribué à un roman, mais à un récit. Dès le titre on sent une certaine froideur. Il s’agit peut-être d’une volonté de distanciation de l’auteur par rapport à ce « détail » historique qui eut un impact si important sur l’Histoire européenne du XXème siècle.

C’était le 20 février 1933 dans le palais du président de l’Assemblée à Berlin, une réunion secrète entre 24 gros industriels et banquiers allemands et Hitler qui les avait convoqués. Goering, à l’époque président du Reichstag, les accueille en préparant l’arrivée du chancelier et de ses acolytes.
Presque tous ces magnats étaient issus des grandes familles qui prirent les rênes du pouvoir économique lors de la révolution industrielle du XIXe siècle, et qui se perpétuent à travers leurs descendants directs, encore aujourd’hui.
Ce récit fort documenté, constitue à mon sens, un cri d’alarme : attention que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets…
Il n’est jamais fait mention dans les cours d’histoire de cette réunion qui a permis au nazisme de faire flores, en se voyant accorder tous les fonds dont il avait besoin pour se développer ( on pense notamment aux usines d’armement…)
Le choix de la photo de la première de couverture est remarquable : on y voit Gustav Krupp, dans une tenue impeccable, prêt à soutenir la politique nazie, en bon citoyen obéissant, mais il en tire profit bien sûr…
L’auteur Eric Vuillard, né en 1968, est écrivain et cinéaste. Il s’intéresse, dans son travail, aux dessous de la grande Histoire, comme il l’a déjà fait dans « 14 juillet » en saluant les acteurs et victimes anonymes du petit peuple de la révolution française. Son écriture acérée, presque chirurgicale « embarque » littéralement le lecteur.
« Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d’épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée….
Pour le moment, on dévisse vingt-quatre chapeaux de feutre et l’on découvre vingt-quatre crânes chauves ou des couronnes de cheveux blancs »

Commentaire par ODILE

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants.   Résumé du livre, ETF

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