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Le mariage de plaisir

En suivant les mots de Tahar Ben Jelloun dans ce nouveau roman, nous pénétrons le temps immémorial des conteurs d’Afrique. Quel joli propos ! Dès la dédicace le ton est donné puisqu’elle est un extrait de la Nuit des « Mille et Une Nuits ».

Le récit commence à Fès, ville natale de l’auteur, le conteur Goha y arrive comme à chaque printemps à la grande joie des habitants. C’est un sage, très cultivé.
Contrairement à son habitude ce soir là il se met à raconter une histoire d’amour.

Celle d’Amir, riche commerçant de Fès, honnête, pieux, sans grande imagination, bel homme à la peau blanche, marié jeune à une femme de son rang, bon époux et bon père de trois garçons et d’une fille. Un de ses fils Karim naît différent des autres enfants et Amir le chérit comme une bénédiction de Dieu. Il est en effet doué de la faculté de sentir les sentiments et intentions des gens qui l’approchent ; il est toujours débordant d’amour démonstratif avec sa famille et ceux qu’il aime.

Le Maroc est encore à l’époque sous protectorat français. Pour ses affaires Amir est obligé de se rendre une fois par an, pour plusieurs mois au Sénégal. Lorsque Karim atteint l’âge de l’adolescence, son père décide de l’emmener avec lui. Depuis quelques années, durant ses séjours sénégalais, il avait établi une relation amoureuse avec une jeune fille Nabou, très belle, très noire et cultivée, elle aime lire. Afin de se mettre à l’abri du péché, il contractait tous les ans avec elle, en signant des papiers officiels, un « mariage d’amour », stipulant la durée de celui-ci et l’intention déclarée des conjoints d’un respect réciproque absolu. Ils s’aimaient véritablement. Karim l’adora dès qu’il la vit, elle le lui rendit bien.

Ils rentrèrent cette fois tous les trois à Fès, Amir ayant décidé de faire de Nabou sa seconde épouse, qui pour ce faire et malgré ses appréhensions s’était convertie à l’Islam. Son mari la rassura : « Ecoute Nabou, il ne faut pas confondre l’Islam et les musulmans. L’important c’est d’avoir un comportement correct et humain. Celui qui maltraite une femme n’a pas besoin du prétexte de la religion. Mais je sais que certains justifient leurs mauvaises actions en se référant à l’Islam. Ils ont tort… Je te promets de t’aimer et de t’offrir ce que j’ai de meilleur. »

Mais la guerre est ouverte entre les deux épouses, Nabou se tait. Elle met bientôt au monde des jumeaux, Hassan l’enfant noir et Houcine l’enfant blanc. La première épouse et ses enfants les rejettent. Amir et Karim en sont très heureux, ils resteront toujours unis autour de Nabou. La première épouse meurt, la fille se marie et les deux fils aînés partent en Egypte poursuivre des études. Le commerce décline, Amir meurt à son tour. Nabou, Karim et les jumeaux partent pour Tanger, port tourné vers l’Europe.
Les jumeaux grandissent et malgré leur amour réciproque leurs vies divergent, en grande partie à cause de la couleur de leur peau. Hassan a un fils Salim, qui a mal « d’être noir ». Il veut partager la vie de ses frères migrants, si maltraités par tous et qui sont de plus la proie de passeurs véreux. « Racisme contre racisme. Noir contre blanc ; Blanc contre noir. Quelle étrange normalité. Difficile de lutter contre ce mal que traîne en lui chaque homme. »
Et encore : « Raciste, je l’étais devenu par moments, à force d’entendre ces insultes jetées sur mon passage. J’en voulais tellement à ces pauvres qui se croyaient supérieurs parce qu’ils étaient moins foncés que moi. »

Ce conte alerte, calmement, avec des mots justes jamais agressifs, chacun de nous sur la part d’ombre que nous portons, si prompte à prendre le pas sur nos bons penchants. Crions avec Tahar Ben Jelloun, ce poète, romancier, grand Humaniste,
- Attention à ne pas se cacher derrière la religion pour justifier toutes les avanies… Attention à ne pas se gargariser de sa peau blanche pour écraser ceux qui finissent par n’avoir pour seule identité que leur peau noire… Attention à rester humain, rude travail…

Commentaire par ODLIE

Dans l’islam, il est permis à un homme qui part en voyage de contracter un mariage à durée déterminée pour ne pas être tenté de Fréquenter les prostituées. On le nomme «mariage de plaisir». C’est ainsi qu’Amir, un commerçant prospère de Fès, épouse Temporairement Nabou, une Peule de Dakar, où il vient s’approvisionner chaque année en marchandises. Mais voilà qu’Amir se découvre amoureux de Nabou et lui propose de la ramener à Fès avec lui. Nabou accepte, devient sa seconde épouse et donne bientôt naissance à des jumeaux. L’un blanc, l’autre noir. Elle doit affronter dès lors la terrible jalousie de la première épouse blanche et le racisme quotidien. Puissante saga s’étalant sur trois générations entre Dakar, Fès et Tanger, Le mariage de plaisir est aussi un grand roman d’amour.   Résumé du livre, ETF
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