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Mémoires d’Hadrien

Œuvre extraordinaire par sa forme, son sujet, son écriture, son érudition, sa signature et ses notes finales. Cataloguée « roman historique », elle nous happe dès les premières pages, pourtant remplies de noms antiques grecs et romains, pour beaucoup méconnus du grand public.

Nous sommes dans l’empire décadent de Trajan que son successeur qu’il désigne sur son lit de mort, nous présente. Il s’agit d’Hadrien qui, lui aussi arrivant au terme de sa vie, écrit ses mémoires pour son propre successeur et fils adoptif qu’il nomme, pour l’occasion, Marc-Aurèle.

Hadrien raconte sa vie personnelle et son règne d’empereur qui dura plus de vingt ans, en insistant sur son rôle politique et stratégique, déterminant pour la pérennité de l’empire romain. Ses déplacements et engagements militaires furent nombreux et pacifièrent les populations intérieures et frontalières, aidant ainsi au développement économique profitable à tous. Certaines de ses pensées et réflexions sont d’une réalité troublante et d’une réelle actualité ; les dirigeants du XXIe siècle seraient bien avisés de s’en inspirer…

Hadrien était aussi un grand lecteur, un amateur d’art éclairé. Il a fait ériger nombre de monuments, temples, bibliothèques et autres sculptures. Il fait aussi le récit de sa vie privée : une enfance heureuse en Espagne, une épouse jamais aimée mais respectée, ce qu’elle lui rendait bien ; ses frasques érotiques et son amour fou pour Antinoüs, très bel éphèbe de 18 ans qu’il rencontra à 45 ans. L’enfant, comme il l’appelait, se suicida deux ans plus tard. Hadrien inconsolable le déïfia. Un culte fervent lui fut longtemps rendu. Hadrien voulut se suicider aussi ; l’attachement de quelques proches, son secrétaire, son ami philosophe, son médecin, l’amenèrent à accepter le choix du bien-aimé et le long cheminement de sa maladie jusqu’à sa propre mort, comme un hommage à son amant tant aimé.

Il explique aussi très bien le sentiment religieux qu’il cultivait en tant qu’empereur, mais qu’il possédait modérément à titre personnel ; il prônait la tolérance cultuelle, absolument nécessaire à ses yeux pour éviter tout fanatisme…

Dans ce roman Marguerite Yourcenar réussit l’exploit de décrire cette période historique lointaine, de façon envoûtante. On la lit passionnément. Elle adjoint d’ailleurs, en fin de roman, ses « carnets de notes » personnels qui nous révèlent que c’est une phrase de Faubert : « Les dieux n’étant plus, et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été. » qui l’intrigua et lui donna l’idée d’écrire l’histoire de cette époque. Elle y travailla de 1924 jusqu’à sa parution en 1951, avec des périodes d’arrêts, des destructions de manuscrits, des découvertes enthousiasmantes, des découragements…

Elle a porté Hadrien en elle durant 27 années. Dans ses carnets et ses notes elle indique ses sources, ses hésitations, ses réflexions sur son travail d’écriture… « Une grande partie de ma vie allait se passer à essayer de définir, puis à peindre cet homme seul et d’ailleurs relié à tout », avoue-t-elle.
Elle a « enfanté » ce roman en quelques nuits d’écriture intense : un chef d’œuvre.

Commentaire par MALU

« J'ai formé le projet de te raconter ma vie. » Sur son lit de mort, l'empereur romain Hadrien (117-138) adresse une lettre au jeune Marc Aurèle dans laquelle il commence par donner « audience à ses souvenirs ». Très vite, le vagabondage d'esprit se structure, se met à suivre une chronologie, ainsi qu'une rigueur de pensée propre au grand personnage. Derrière l'esthète cultivé et fin stratège qu'était Hadrien, Marguerite Yourcenar aborde les thèmes qui lui sont chers : la mort, la dualité déroutante du corps et de l'esprit, le sacré, l'amour, l'art et le temps.   Résumé du livre, ETF

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