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Immortelle randonnée

Jean-Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ce sujet pourrait paraître rébarbatif aux non croyants, pourtant il n’en est rien sous la plume acérée de l’auteur. Pour devenir un “ Jacquet “ authentique, il doit se procurer le passeport indispensable, qu’il devra faire tamponner à chaque étape : la “Credencial“. Ce viatique lui permettra de bénéficier des maigres avantages que procurent les auberges minimalistes destinées
aux vrais pèlerins. Il apprendra qu’il ne doit jamais demander à un voyageur POURQUOI il fait “le Chemin“. Mais lui, avouera cependant sans complexe, qu’il n’est habité d’aucun mysticisme, mais désire se ressourcer, après des années de représentation mondaine où officielle, imposées par l’Académie Française et surtout, par son titre d’Ambassadeur au Sénégal.

Il a choisi d’emprunter “La Voie Originelle“ la plus difficile mais la moins fréquentée. 8OO kms à pieds depuis Hendaye. Le Chemin, balisé par des flèches jaunes et des coquilles bleues, ne ressemble en rien à l’image idéalisée qu’il s’en était faite. Certes, le pays Basque espagnol lui offre ses forêts et ses prairies, mais ses premières étapes dans la Cantabrie, sont déprimantes. En bord de mer, il découvre que d’affreux lotissements en béton qui défiguraient les côtes ont été abandonnés. Il longe des kms. de pipe-line et d’autoroutes où le piéton n’est pas le bienvenu, sur un fond d’usines qui crachent des fumées polluantes.

Le moindre détail matériel, prend dans cette transhumance volontaire, une importance vitale. Le choix des chaussures, des chaussettes et surtout du sac à dos. Le sien est trop lourd, grave erreur, il a préféré trimballer sa tente plutôt que de dormir dans les dortoirs puants et surpeuplés qu’il trouve dans les refuges. Au fur et à mesure qu’il se dépouille des conventions et obligations du monde moderne, il se déleste du superflu, après avoir appris à subsister avec l’essentiel. C’est long, très long, et bientôt la fatigue le ravale au rang de l’animal qui avance, sans penser et bien des fois il est tout près de renoncer. Avide de solitude, il évite les autres marcheurs mais fera cependant de belles rencontres. Des jeunes couples venus consolider leur union, des célibataires cherchant fortune, des ivrognes hilares et tricheurs faisant la moitié du Chemin en taxi, des dames de la bourgeoisie qui offrent chambre et douche au pèlerin et parfois, quelques rares chrétiens fervents.

La traversée des montagnes des Asturies est le point culminant de sa transformation. Il éprouve le bonheur suprême de faire corps avec cette nature sauvage, comme aux temps antiques des civilisations païennes auxquelles il fait souvent référence. Dépouillé de ses oripeaux d’homme civilisé, il se sent entraîné sur la voie du Bouddhisme.

Quand il arrive enfin à Santiago, sale, puant, à bout de forces, mais transfiguré, il trouve encore le courage de s’indigner en constatant que ce pèlerinage mythique est devenu un des produits ordinaires de la consommation touristique courante. Les agences de voyage déversent sur le parvis des masses grouillantes de “ pseudo Jacquets “ élégants et proprets, vomis par cars ou avions entiers.

Ce livre puissant, est le fruit de la réflexion d’un philosophe ironique et désabusé.

Laissons à l’auteur le soin de conclure.
“ .... L’homme moderne a proliféré à tel point qu’il a substitué à l’empire de l’Eglise, celui de ses propres instruments : la science, les médias, la finance. Il a fait disparaître l’ordre ancien et dans le nouveau, les paysans n’ont pas plus leur place que les moines...“

Commentaire par Claudine

Jean-Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice. "Chaque fois que l'on m'a posé la question : “Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?”, j'ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l'ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager ? On est parti, voilà tout." Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d'autodérision plein d'humour et d'émerveillement, Immortelle randonnée se classe parmi les grands récits de voyage littéraires.   Résumé du livre, ETF

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