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L’atelier du désordre

Lire « L'atelier du désordre », c'est véritablement plonger au coeur du XIXe siècle, fréquenter les peintres de Barbizon, le monde de Paris: les bourgeois mais aussi les petites gens, sentir le Second Empire avancer vers la guerre.

J’ai découvert une œuvre pour le moins étonnante, pleine de contrastes, empreinte à la fois de poésie et de lyrisme. Je m’y suis laissé prendre avec un certain délice pervers, partagé entre la lenteur de certains chapitres et la curiosité d’en connaître l’aboutissement.

« L’atelier du Désordre » est le premier roman d’Isabelle Dangy et nous raconte le destin d’un peintre du XIXe siècle : René Dolomieu. Cet artiste inconnu, à la fois mélancolique et persévérant, était un spécialiste des portraits, alors que sa véritable passion était la peinture de tas : tas de pierres, de tissus, de vaisselle, de fruits pourris, de vieilles ferrailles, tout ce qui s’empilait naturellement, et, de préférence, sale, en décomposition, à l’abandon …

Suivre sa destinée relève à la fois du roman d’aventure et du récit quelque peu à l’eau de rose : voilà un homme qui, maladroit et timide, vivote de sa peinture - les portraits qu’il réalise lui permettent de survivre, bien souvent dans des conditions assez misérables. Il est seul, ne recherche pas la compagnie, vit dans son atelier et, bien qu’il ait quelque talent, ne s’intéresse nullement aux expositions : il leur préfère l’intimité de son atelier plutôt sordide. Quelle triste vie, pourrait-on penser.

Eh bien non, pas pour lui : la peinture remplit toute son existence, il aime le calme, déteste l’aventure, et partage sa vie avec une habilleuse de l’Opéra-Comique. Il se prélassait dans cette monotonie, jusqu’au jour où sa maîtresse l’abandonne brusquement, faisant ainsi basculer sa vie.

Le voyant s’alanguir, ses amis parisiens lui proposent alors de l’emmener à la campagne, près de Fontainebleau, où il découvre Barbizon, « la poussière sombre qui s’élève au- dessus des moissons … près des meules plus grises que jaune au-dessus des éteules hérissés » - nous sommes en juillet et l’on étouffe. Il ne le sait pas encore, mais sa destinée est en marche, bien malgré lui. Il se laisse entraîner de rebondissements en rebondissements et son manque de volonté chronique, n’excluant curieusement pas un certain entêtement, l’amènera, d’expériences en échecs et réussites, à s’affirmer et se réaliser, le hasard et les femmes le faisant devenir porcelainier sans pour autant lui faire abandonner la peinture.

Car la vie de René est également jalonnée de nombreuses conquêtes amoureuses, apparemment en contradiction avec son introversion et son goût de la solitude. C’est que notre peintre, toujours malgré lui, fascine et attire la gent féminine, ce qui le mettra dans bien des situations délicates.

Un livre qui vous fera découvrir la vie sous le Second Empire, l’école de Barbizon avec ses peintres épris de paysages et du travail en plein air et d’après nature, ce que René Dolomieu poussera à l’extrême avec ses tableaux de « tas », mais aussi la bourgeoisie bellifontaine et les voyages lointains jusqu’au Japon de la fin du 19è siècle.

L’écriture d’Isabelle Dangy est également délicieuse, dépeignant des paysages et des scènes quotidiennes de telle manière que le lecteur en fasse lui-même sa propre toile. Un très beau premier roman contant la vie d’un artiste un peu hors du commun, en quête de lui-même, et qu’il faut découvrir.

Commentaire par MARC

À Barbizon, dans les années 1860, alors que le Second Empire s'achemine sans le savoir vers le désastre, René Dolomieu, un jeune peintre mélancolique remarqué pour quelques portraits sensibles, côtoie les maîtres du paysage et leurs disciples qui arpentent la forêt de Fontainebleau, s'exercent à peindre sur le motif et boivent du vin râpeux à l'auberge Ganne. René n'est ni un séducteur ni un libertin, et pourtant il plaît aux femmes. Il prend ce qu'elles ont à donner, parfois sans trop savoir qu'en faire. Lorsque enfin il se marie, le hasard lui met entre les mains une fabrique de porcelaine qui l'initie à la chimie d'une matière précieuse et fragile. Mais le désordre l'intéresse au moins autant que les principes subtils du kaolin et de la composition des motifs. Aussi, dans l'intimité de son atelier, il continue à peindre sans relâche des toiles qu'il ne montre à personne, ou presque... Son destin lui échappe sans cesse. Et comme le Japon s'ouvre à l'Occident, il ira jusqu'à cette extrémité orientale du monde lui chercher un sens, un sens que peut-être il ne pourra rapporter dans ses bagages, car il est semblable à la poussière impalpable qui danse dans la lumière de son atelier avant de se déposer en chaos minuscules sur la toile.   Résumé du livre, ETF

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