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Salina

Ce roman nous plonge dans un récit de poussières et de cris. Malaka se fait conteur, lui le dernier fils de Salina, celui qui fera de sa mère une légende.

Un désert dans un pays sans nom. A l’aube, le peuple des Djimba voit surgir du mont Tadma, au-delà duquel personne ne s’aventure, un cavalier inconnu. Il porte un nouveau-né qui hurle sans fin. Il le dépose à terre et s’en retourne, sans un mot. Personne ne parle, ni ne bouge, durant des heures, le soleil est écrasant. Ainsi commence le premier exil de Salina, adoptée par Mamambula, au coucher du soleil, juste avant que les hyènes ne la dévorent.

Elle grandit, rejetée par le village pour qui elle est « l’enfant malheur ». Pourtant, Saro le fils aîné du Roi Sissoko l’épouse de force, bien qu’elle aime Kano, son cadet. Violée, maltraitée, méprisée, elle met au monde Mumuyé, dont elle refuse de s’occuper. Sauvagement battue, elle accepte de le nourrir pour qu’il survive.

13 ans plus tard, pendant une guerre contre le “Royaume du sud“, elle court sur le champ de bataille pour sauver Kano. C’est Saro qu’elle trouve, blessé à mort. Elle s’empresse d’aller annoncer au village ce qui, pour elle, est bonne nouvelle car suivant la coutume, elle va pouvoir épouser Kano. Hélas, un ermite l’a vue et l’accuse de l’avoir regardé mourir sans le secourir. Elle va être bannie et vivra son deuxième exil dans le désert.

A dater de ce jour, l’histoire prend une dimension de légende. 9 jours plus tard, elle met au monde son « Enfant Colère » Koura Kamba qui naît adulte et la vengera en tuant le Roi et Mumuyé avant de disparaître. Les années passent, Salina se dessèche, perd la raison, parle aux pierres. Elle veut mourir et revient au village pour revoir Kano, une dernière fois. La malédiction n’est pas éteinte et on l’enchaîne comme une bête. Kano, qui n’a jamais pris sa défense, la traite avec mépris. Son épouse, au contraire, compatit à sa douleur et lui offre son dernier né, Malaka, en échange d’un talisman : la dernière vertèbre de Sissoko qui n’avait jamais été retrouvée après sa mort.

Elle retourne au désert et élève l’enfant avec amour. Quand il a 30 ans, épuisée, elle lui demande de l’aider à entreprendre son 3e exil. Il la portera sur son dos, à travers les montagnes. Elle meurt entre ses bras. Il doit l’emporter au bord de la mer, jusqu’à un étrange cimetière, dans une île. Darzagar le gardien, l’attendait depuis 2 ans et l’emmène en barque, devant les portes fermées du cimetière. Là, nuits après nuits, entouré des embarcations de tous les pécheurs du village, il devra raconter l’épopée de Salina. C’est le cimetière lui-même qui décidera d’ouvrir ou non ses portes, s’il la juge digne d’y trouver le repos éternel.

C’est un conte, une légende symbolique, qui raconte la détresse de l’exil et l’éternelle soif de vengeance. De très belles pages émouvantes sur la délicatesse avec laquelle le fils procède pendant des jours et des nuits au rituel de la toilette de sa mère. Un récit éprouvant, poétique et qu’on a du mal à quitter si on se laisse prendre par sa puissance d’envoûtement.

Commentaire par CLAUDINE

Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende. Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre.   Résumé du livre, ETF

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